Les Spectacles d’Amélie Des spectacles contemporains bien vivants
  • Enseigner les religions au théâtre?

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    Appel à la prière

    Hier soir, sortie au théâtre, au superbe cloître des Carmes pour “radio muezzin”

    Projecteurs, noir, quatre hommes se placent sur les hauteurs du cloître, surplombé par le clocher de l’église des Carmes et orné de gargouilles sorties de l’enfer. Ils commencent à appeler à la prière, comme ils le font chaque jour, dans leur ville,au Caire. L’instant est magique, le voyage réel.

    Un témoignage sur l’enseignement du Coran au Caire ou un pamphlet anti-israélien?

    Le spectacle se déroule de la sorte, chaque muezzin raconte son travail, et sa vie, et sa pratique religieuse ( gestes, textes, origines).

    Également, tous racontent comment ils sont devenus Muezzin.Le premier dit que c’est en voyant un bébé mourir dans les bras de sa mère à Gaza, s’en suit d’autres informations manichéennes sur l’histoire d’Israël, nous apprenons que la guerre des six jours a eu lieu en”1973″ et qu’elle a été ” gagnée par l’Egypte”.

    Le spectacle est alors un bon témoignage sur les médias en Égypte,ce qui n’est pas une découverte en soi… mais est-ce le rôle d’un spectacle?

    Un spectacle ou un communiqué de presse?

    Pendant une longue heure à laquelle s’ajoutent quinze interminables minutes, ces hommes, qui ne sont pas comédiens, expliquent les rites et interdits de leur religion.

    Le but du spectacle est dire la fin d’un monde, le gouvernement ayant décidé d’unifier le chant des Muezzin, la prière sera appelée par un seul Muezzin, dont la voix sera amplifiée dans toute la ville.

    Le but est de dénoncer ..mais dénoncer quoi? un emploi bénévole, non qualifié, fatiguant..où est le problème?Est-ce parce que l’emploi est religieux qu’il doit être précaire et immuable?

    Je suis sortie estomaquée de ce non-spectacle, pensé comme un “docu-théâtre” , il y avait dans ce spectacle un coté zoo, bon sauvage, temps des colonies..le public riant à des moments étonnants, par exemple, l’un des muezzin explique le rythme des prières calé sur la lune, ce qui nécessite pour chaque ville d’avoir un code qui permet à chaque fidèle de savoir à quelle heure a lieu la prière où qu’il soit. Cette idée d’horaire changeant en fonction de la lune a beaucoup amusé le public.

    Choquée par le public, dérangée par le jeu, je me suis sentie prise en otage, comment quitter le public alors que sur scène se trouvent des hommes , non comédiens, qui racontent leur vie?

    Approchez mesdames et messieurs, nous allons vous montrer les musulmans..

    J’ai espéré qu’aucun musulman n’ait été présent dans la salle au moment où les américaines qui m’accompagnaient ont trouvé le “show” …” so exotic”!

    Et de me dire que la question de l’enseignement des religions à l’école laïque et républicaine n’est pas encore résolue…

    Comme le dit Marie-José Sirach dans l’Humanité ” Évacuer l’art de la profanation et de la politique, et le théâtre perd tout son sens. Or le théâtre aide à penser. Pas à prier.”

    oh my god!

    Plus d’informations sur le spectacle.

    Mise en scène
    Stefan Kaegi
    Musique
    Mahmoud Refat
    Vidéo
    Bruno Deville, Shady George Fakhry
    Dramaturgie
    Laila Soliman
    Assistanat à la mise en scène
    Dia’Deen Helmy Hamed
    Scénographie
    Mohamed Shoukry
    Lumière
    Sven Nichterlein, Saad Samir Hassan

    Avec
    Abdelmoty Abdelsamia Ali Hindawy, Hussein Gouda Hussein Bdawy, Mansour Abdelsalam, Mansour Namous, Mohamed Ali Mahmoud Farag, Sayed Abdellatif Mohamed Hammad

    Production
    Hebbel am Ufer (Berlin), Institut Goethe d’Égypte
    Coproduction
    Festival d’Avignon, Festival d’Athènes et Épidaure, Bonlieu Scène nationale Annecy, Steirischer Herbst Festival (Graz), Zürcher Theater Spektakel (Zürich)
    Avec le soutien
    de la Fondation fédérale allemande de la Culture, Pro Helvetia Fondation suisse pour la culture, du Département des Affaires culturelles de la Mairie de Berlin-Sénat Chancellerie
    En coopération
    avec El Sawy Culturewheel (Le Caire)

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    Festival d’Avignon – du 07 au 29 juillet 2009
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5 responses to “Enseigner les religions au théâtre?” RSS icon

  • Hallucinant ce truc.

    La naïveté des organisateurs me laisse sans voix.

    Tout ce petit monde ne se demande pas comment ces personnes ont obtenu le droit de sortir du territoire égyptien. Il faut savoir qu’au même moment la répression redouble au Caire.
    Pour info, blogger en Égypte est une activité à hauts risques (ici le dossier de reporter sans frontières http://www.rsf.org/Les-bloggers-Mohamed-Al-Sharkawy.html )

    Comment ne pas se poser des questions sur l’objectif poursuivi par le pouvoir égyptien en cautionnant ce spectacle ? Est-ce une nouvelle concession du président Moubarack aux frères musulmans qui régissent chaque jour un peu plus la vie des égyptiens ? Comment ne pas le mettre en parallèle des quelques imams intégristes qui essaient jour après jour d’islamiser les foules dans les quartiers populaires ?

    Le relativisme culturel est une erreur, que le festival aurait bien fait d’éviter. Ce faisant, le festival d’Avignon donne une image exotique et bien éloignée de l’islam de la majorité des musulmans du monde.
    Les colonnies c’est fini : l’islam n’est pas quelque chose d’exotique, mais un élément de notre quotidien, dans un monde où le président des USA a des ascendances musulmanes, et où ça ne pose de problèmes à personne.

    Le Festival sert la soupe, sans s’en rendre compte, aux ennemis de la démocratie et de la liberté de créer.

    A+

    Franck.

  • Mais doit-on juger un spectacle théâtral ? ou doit-on essayer d’analyser d’éventuels changements dans notre attitude après l’avoir vu ?

  • Chère Amélie, Je viens de lire ton texte ainsi qu’une présentation de la “pièce”. J’ai un sentiment. Tu l’as vu avec le prisme de ta propre sensibilité : ta judéité et ton intérêt pour les questions d’enseignement et d’éducation. Tout cela est bien normal. Je ne peux juger de la pièce mais tes remarques ont suscité en moi une réflexion. La question israélienne et l’antisémitisme qui l’accompagnent demeurent pour les rues arabes le seul lieu “démocratique” où la parole ne s’autocensure pas. Avec Israël, il y a trois avantages : on peut tout dire et surtout l’abjecte sans pour autant aller en prison, on se rallie à une utopique unité arabe contre un ennemi commun, et on oublie que la misère des pays arabes est d’abord du à l’inconséquence des dirigeants arabes eux-mêmes. Dans un jeu mimétique, les israëliens (ne généralisons pas, bien sûr) créent eux aussi la figure du palestinien (étrangement bien utile), radicalement violent et terroriste. L’ennemi devient le lieu privilégié où s’engouffre d’autres passions et propos abjects (Libermann est odieux!). Je me souviens d’une interview de David Grossman qui rappelait l’incompréhension de certains israêliens lorsqu’il avait dépeint la souffrance d’une grand mère palestinienne. Tout ça pour te dire que les propos de muezzin ne sont en rien étonnant. L’ignorance est le pire ennemi. Souhaitons qu’un jour la démocratie triomphe et que la misère sociale (le pire fléau) laisse place à l’éducation et au travail, les seuls moyens de vivre dignement.

  • Amélie, je vous ai répondu chez moi, je comprends votre point de vue, je ne suis qu’une petite spectatrice de base (pas vraiment professionnelle, ni journaliste, ni critique) et l’aspect politique de la chose m’a échappé. J’ai plus été gênée par les réactions du public (ricanaient-ils parce qu’ils étaient gênés, eux aussi, par cette proposition bancale et mal définie ?) et par l’ennui léger qui se dégage de tout ça. Je ne pense pas que qui que ce soit puisse être embrigadé par ce spectacle un peu mou. Je crois que nous étions aux Carmes le même soir.

  • Comme un sentiment bizarre, à la sortie de cette représentation… Mais d’abord, une représentation de quoi? Du théâtre, assurément non. Un documentaire, assurément oui. J’ai donc eu pendant 1h20 l’impression bizarre d’être assis devant un documentaire d’Arte ou de France 5 en “live”. Pourquoi pas? Mais ce “spectacle” (je le mets entre guillemet car j’associe plus ce mot à la représentation d’une fiction et pas de la réalité) à-t-il sa place dans un festival de théâtre? Le but est-il de rendre fictive la réalité?
    En tout cas, quasiment une semaine après, je ne saurais toujours pas dire si j’ai aimé ou détesté? pour le moment, je suis encore perplexe.
    Quant au sujet, comment dire, quel intérêt? En effet, que penser du passage de l’appel à la prière dans les les mosquées du Caire de la version humaine à une version enregistrée et standardisée? C’est ici qu’on voit à nouveau toute la relativité des choses, et principalement en fonction de la proximité que l’on a par rapport au sujet ou à son environnement. Des amies américaines ont trouvé ça “so exotic”. Une autre l’a vu au travers de son histoire personnel (et de sa judéité). Quant à moi, je ne trouve en effet pas grand intérêt à la chose. Ce sujet est en effet mineur. Certains ont pu apprendre des choses sur la religion musulmane mais rien de bien nouveau sous le soleil. On pourrait faire le reproche à ce “spectacle” de faire du “prosélytisme” mais vu l’audience de celui-ci cela reste quand même assez limité. Est-ce d’ailleurs le lieu de ce genre de message qui nécessitent un certain recul et réflexion, que la proximité des narrateurs ne permet pas?
    On peut aussi se poser la question, comme certains l’ont fait, du rapport à le pouvoir égyptien (dont on connait la nature) qu’a nécessité ce spectacle? Jusqu’où est-on allé pour cela? Est-on dans le compromis ou la compromission? Pas de réponse de la part du “metteur en scène” et de la compagnie ici…
    Que dire donc de Radio Muezzin? Beaucoup de questions, peu de réponses. Peu d’informations et d’intérêt. Je dirais qu’en définitive, nous avons affaire ici à un exercice assez vain aussi bien sur la forme que sur la fonds. Dispensable donc!


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